Je vous ai déjà offert ce texte le 06 05 2016, et je vous l'ai encore présenté plusieurs fois par la suite, en fonction de ce que quelques grands de ce monde venaient de raconter dans mon poste de télévision, ou en fonction de ce qui se passe ici ou là. En lisant celui qui le suit immédiatement, vous comprendrez certainement pourquoi vous y avez à nouveau droit.            

 

Vous êtes au courant? Il était une fois un général, qui venait d'arriver à sa nouvelle affectation. Et voilà que par une belle matinée de printemps, il fut pris d'un violent besoin de copuler. Usant immédiadement de son autorité, il appela le planton qui se trouvait à sa porte, et lui ordonna autoritairement d'aller chercher une sentinelle dans les plus brefs délais. Le brave planton courut le plus vite possible jusqu'à la sentinelle la plus proche, qui n'était rien d'autre qu'un beau militaire qui sentait bon le sable chaud, et la conduisit jusqu'au bureau du général. "Qu'est-ce que vous me ramenez-là, hurla le général furieux?!!! Vous me prenez pour un pédé?!!! Je vous ai demandé une sentinelle, et vous revenez avec un mec!!!" Le planton dut alors plaider sa cause en expliquant au général qu'une sentinelle peut être indifféremment un homme ou une femme, parce que le mot sentinelle désigne une fonction. Ce qui montre à quel point on n'apprend pas bien le français à l'école militaire.

Mais, pire encore, après ce premier échec, le général, toujours sous l'emprise de la chaleur insoutenable du rut, ordonna en hurlant qu'on allât chercher une estafette. Vous imaginez la tête du général lorsqu'il vit le planton revenir avec un bel athlète en uniforme. Il en devint même grossier. "Vous vous foutez de ma gueule, vociféra-t-il avec les yeux injectés de sang et les boutons de braguette prêts à voler dans tous les sens." Là encore, le planton dut expliquer qu'estafette est une fonction qui n'a rien à voir avec le sexe de la personne qui remplit cette fonction, ce qui prouve qu'un planton peut être plus instruit et plus intelligent qu'un général.

Mais, à propos de personne, voilà justement que notre général aboya que le planton devait lui ramener la première personne venue, de toute urgence, parce qu'il n'en pouvait plus. Il est certainement inutile d'expliquer ce que fut sa surprise quand le planton revint, encore une fois, avec une personne qui n'était rien d'autre qu'un jeune homme. Du coup, dépité, il renonça à satisfaire son besoin de copuler. Il n'osa même pas demander si on avait installé des vigies sur les toits de cette base militaire.

Vous me direz qu'on a toujours pris les militaires pour des imbéciles, et que cette histoire montre combien on a raison. Oui, mais croyez-vous qu'il soit moins bête de prétendre qu'il faut dire madame la ministre, au lieu de madame le ministre, sous le prétexte que les machistes colleront moins de torgnoles à leur femme, si on féminise des mots qui n'ont pas plus à être féminisés, qu'estafette, sentinelle, juste comme exemple, n'ont pas à être masculinisés? 

Il est question de réformer notre langue, c'est bien, mais encore faudrait-il commencer pas la connaître et la comprendre, si on ne veut pas en faire un tas de gravats. D'ailleurs, ne pourrait-on pas avoir l'impression que la réforme proposée a précisemment pour but de transformer ce joyau en un gros tas de gravats pour mettre cette langue au niveau des cancres, au lieu de faire l'effort de mettre les cancres au niveau de ce joyau?

Si nous nous unissions pour porter plainte, nous devrions obtenir des dommages et intérêts, parce qu'on a fait de nous des imbéciles en nous enseignant que le neutre n'existe pas en français, alors que nous l'utilisons à longueur de journée. Et maintenant, afin de mieux lutter contre le machisme en s'y attaquant là où il ne se trouve pas, voilà qu'on veut féminiser ce neutre qui, soit disant, n'existe pas, mais que nous utilisons pourtant à longueur de journée, sans que nos maîtres à penser ne le comprennent.     

Je me demande si, par hasard, Coluche n'avait pas raison quand il disait: "Il paraît qu'on est cernés par les cons. C'est vrai, mais on se rend pas compte à quel point."

Régis Ducon Lajoie la Marée Monte