Vous êtes au courant? Chaque fois qu'on nous annonce une tragédie pareille, le sentiment de culpabilité que j'éprouve me laisse un épouvantable goût de fiel dans la gorge. Mais, me direz-vous, je n'ai pas à me sentir coupable de ce que ce monstre a fait à cette petite fille pour satisfaire ce qu'on appelle pudiquement des pulsions, mais ce qui, en clair, signifie qu'il s'est donné du plaisir en satisfaisant ses désirs, voir en satisfaisnt ce qu'on pourrait même appeler ses bas instincts, au détriment de la petite Angélique. Si, vous répondrai-je, j'ai à me sentir coupable, et peut-être que vous aussi, mais vous, c'est à vous d'en décider, et ça ne me regarde pas.

Maintenant, je vais vous envoyer en vrac et en résumé ce qu'une madame, fort belle et fort intelligente, est venue expliquer d'une manière fort bien détaillée et ordonnée dans mon poste de télévision, au cours de l'émission "C" je ne sais plus quoi qu'on diffuse sur la cinq. Elle a dit que ce genre d'individu doit être médicalement suivi à vie, que ça vaudrait la peine de faire cette dépense, que le pourcentage de récidives à reprocher à ce genre de délinquants sexuels est très faible, et que si nous acceptions de faire cette dépense, il serait encore plus faible, et que si cet homme avait été suivi à vie, on ne peut rien garantir parce qu'on ne peut jamais rien garantir dans ce domaine, mais qu'elle veut croire qu'il n'aurait pas récidivé. Vous avez tout compris? Non? C'est normal, je vous avais prévenu, c'est succint et en vrac.

Hélas, comme elle l'a si bien dit elle-même, on ne peut rien assurer, rien garantir. C'est à dire que si nous faisons les dépenses dont elle parle, il se pourrait qu'il y ait moins de récidives, mais qu'il y en ait quand même. Et j'ajoute que, puisqu'elle a la franchise d'avouer qu'on ne peut rien assurer, elle devra bien aller jusqu'à admettre qu'il n'est même pas garanti que le nombre de ce genre de récidives diminurait vraiment si nous faisions cette dépense. Naturellement, comme elle dit qu'elle veut le croire, elle croit certainement que si on faisait cette dépense, nous aurions le résultat qu'elle veut croire que nous aurions si nous faisions cette dépense. Oui, mais si nous le croyons, c'est que nous n'en savons rien, et ça représente une grosse dépense. Avec ça, nous allons vite arriver à comprendre qu'elle propose tout simplement de condamner tous les braves gens à payer encore plus d'impôts pour financer ce que nous coûteraient ces individus en les faisant suivre médicalement à vie, en plus de ce qu'ils nous coûtent déjà. Et tout ça, pour un résultat très incertain.  

Et c'est là que j'ai un goût de fiel qui me monte à la bouche, car la solution radicale et économique qui éviterait toute récidive, je la connais, mais je ne souhaite pas la voir appliquer, parce que c'est une solution barbare. Barbare, oui, mais radicale. Et tandis que cette solution n'est pas appliquée parce que des gens comme moi ne veulent pas de cette solution parce que c'est une solution barbare, il y a toujours des victimes de récidivistes, comme cette pauvre Angélique. Du coup, j'en arrive à me demander ce qui est le plus barbare. Et pendant que j'hésite, des anges comme Angélique deviennent des martyrs sacrifiés sur l'autel de nos prétendus beaux principes. Et le comble, c'est que j'ai l'impression d'être le seul à chanceler, à hésiter, à éprouver ce sentiment de culpabilité, à me demander ce qui est le plus barbare, sans parvenir à me décider, alors que tout le monde la connaît, cette solution radicale et économique, puisque, de toute évidence, c'est la peine de mort, que je ne souhaite pas voir rétablie. Je ne souhaite pas voir la peine de mort rétablie, vous non plus, mais comme je le note chaque fois que les évènements m'y amènent, je ne suis ni assez bête, ni assez malhonnête, pour ne pas reconnaître qu'on n'a encore jamais vu récidiver un condamné à mort ayant purgé sa peine de mort. Et avec nos beaux sentiments et nos bonnes intentions, pour sauver ces délinquants sexuels qui ne récidivent pas, et pour tenter de sauver tout autant ceux qui récidivent, nous sacrifions des gosses comme Angélique.

Je pleure à l'idée de ce que cette pauvre gosse a subi, mais je suis bien obligé de suivre la tradition de ce blog, en me demandant si, par hasard, Coluche n'avait pas raison quand il disait: "Il paraît qu'on est cernés par les cons. C'est vrai, mais on se rend pas compte à quel point."

Régis Ducon Lajoie la Marée Monte.

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Bise